Conférence de Berlin : le partage de l'Afrique en 1885

Conférence de Berlin : le partage de l'Afrique en 1885 La conférence de Berlin s'ouvre en 1885 et réunit les dirigeants des puissances d'Europe et les Etats-Unis. Elle vise à légiférer sur les lois de la colonisation africaine, mais se termine en partage de l'Afrique.

Résumé de la conférence de Berlin - Débutée le 15 novembre 1884 et se terminant en février 1885, la conférence de Berlin est un événement majeur de la fin du XIXe siècle. Elle réunit quatorze puissances occidentales, d’Europe et des Etats-Unis. Les commentateurs de l’époque ont résumé cette rencontre à un partage de l’Afrique par des règles internationales communes sur la colonisation. Mais les intérêts qui ont motivé la conférence de Berlin sont à l’origine plus complexes. Ce partage aura notamment pour conséquence de dessiner de nouvelles frontières en Afrique et de créer de nouveaux conflits.

Quelles sont les causes de la conférence de Berlin de 1885 ?

Au XIXe siècle, les côtes africaines font l’objet de convoitises européennes. Depuis plusieurs siècles, les Européens y ont bâti des comptoirs commerciaux entre l’Asie et l’Europe. Les aspirations occidentales se tournent désormais vers les ressources du continent, comme l’ivoire, les minerais ou encore le caoutchouc, qui suscitent l’intérêt croissant des grandes puissances d’Europe. En outre, les puissances européennes tentent d’imposer leur culture : évangélisation (protestantisme et catholicisme), course au Nil et à l’armement… Un territoire en particulier attire les explorateurs : le bassin du Congo. Ce lieu est sujet à des conflits diplomatiques entre la Couronne britannique, le Portugal, la France et la Belgique, chacun tentant de revendiquer sa présence ancienne sur ce territoire, et donc son appartenance. En 1884, la Grande-Bretagne reconnaît par traité diplomatique des droits au Portugal, sans consultation du souverain congolais ni des autres puissances européennes qui contestent cette décision. Ce traité provoque l’organisation de la conférence de Berlin quelques semaines plus tard, le 15 novembre 1884, en vue d’encadrer l’exploitation des territoires africains par des règles internationales.

Où et quand a eu lieu la conférence de Berlin ?

Otto von Bismarck
Otto von Bismarck, chancelier allemand à l'origine de la conférence © Georgios Kollidas - stock.adobe.

La conférence de Berlin débute le 15 novembre 1884 sous l’impulsion du chancelier allemand Otto von Bismarck. L’homme politique craint des dérives dans ces conflits diplomatiques autour de la question du continent africain, à tel point qu’il redoute une nouvelle guerre à l’échelle européenne. Il se place ainsi en médiateur et voit une possibilité de réaffirmer la place de l’Allemagne dans le concert des nations. La conférence se déroule sur plusieurs mois en raison des divergences de point de vue : Bismarck souhaite établir la liberté de navigation et de commerce dans l’ensemble du continent africain, sur terre, sur fleuve et en mer. A l’inverse, le Portugal et la France veulent conserver le monopole commercial dans les colonies impériales. Bismarck obtient des concessions, comme la liberté de circulation des biens marchands, à l’exception du transport d’armes. Il obtient également l’engagement de l’abolition de l'esclavage de la part des puissances qui continuaient à pratiquer la traite. La conférence prend fin le 26 février 1885 et aboutit en plus à plusieurs traités internationaux ratifiés par les quatorze puissances occidentales.

Quel est le but de la conférence de Berlin de 1885 ?

La conférence de Berlin de 1885 se fixe plusieurs objectifs. Le premier est d’obtenir une collaboration européenne qui vise à endiguer l’escalade des tensions entre les différentes puissances européennes se disputant les territoires africains. Les relations diplomatiques extrêmement tendues entre la Grande-Bretagne et la France menacent l’Europe d’une nouvelle guerre de territoires dont l’Afrique serait le théâtre. L’intérêt était de préserver la paix, tout en évitant des embargos commerciaux ou d’affaiblir les comptoirs commerciaux qui permettent d’enrichir le continent européen. L’Allemagne y voit également ses propres intérêts. Laissée en retrait dans l’exploration du territoire africain jusqu'à présent, elle compte y prendre sa part. La conférence vise aussi un partage de l'Afrique à mots couverts. En répartissant des territoires et des possessions entre les différents empires européens de façon équitable, les frustrations devraient être évitées. La question du bassin du Congo est ainsi résolue : le territoire va s'ouvrir au commerce. La conférence fixe également des règles de la colonisation : elle généralise l’abolition de l’esclavage dans les colonies là où il perdurait encore. Elle accorde les mêmes droits entre colons et colonisés. Enfin, elle parvient à obtenir des droits internationaux, notamment sur la navigation et le commerce. L’ensemble de ces objectifs ont pour but d'obtenir un consensus à l’échelle occidentale pour éteindre les tensions et les rivalités, en fixant des règles communes à tous.

Quels sont les pays qui ont participé à la conférence de Berlin ?

Au total, la conférence de Berlin réunit quatorze représentants de principaux pays d’Europe, ainsi que les Etats-Unis. Elle convie ainsi :

Caricature conférence de Berlin
Caricature de la conférence de Berlin par un journal français © MARY EVANS/SIPA (publiée le 28/11/2022)
  • l’Autriche-Hongrie,
  • la Belgique,
  • l’Empire ottoman,
  • l’Espagne,
  • les Pays-Bas,
  • la Suède,
  • la Norvège,
  • les Etats-Unis,
  • l’Allemagne,
  • la France,
  • le Danemark,
  • la Russie,
  • l’Italie
  • le Royaume-Uni.

Les intérêts étant occidentaux, la conférence de Berlin exclut de facto les puissances africaines. Globalement, cette réunion internationale n’a pas respecté la souveraineté des territoires africains. Le but était surtout de régler les conflits de l’Europe sur les questions de colonisation et d’appropriation de territoires. L’Allemagne ne voyait donc pas d’intérêt à y convier les dirigeants africains, car le risque était de ne pas permettre aux puissances occidentales d’obtenir pleine satisfaction. Cette décision avait déjà choqué à l’époque des intellectuels et des journalistes. Certains journaux n’ont ainsi pas hésité à faire des caricatures pour dénoncer cette décision.

Comment la conférence de Berlin conduit-elle au partage de l’Afrique ?

Partage de l'Afrique 1885
Le partage de l'Afrique par les Européens. En vert, les territoires de la France. © Greg Pickens - stock.adobe.com

La conférence de Berlin se déroule sur dix séances. Lors des entrevues, les diplomates se sont appuyés sur une carte de l’Afrique réalisée alors par le géographe allemand Kiepert. Ce document, qui devait d’abord servir de support lors des discussions traitant sur la question des routes commerciales, a très rapidement orienté les échanges autour de la répartition des territoires entre puissances européennes. L’Afrique était alors un territoire peu connu et très mal maîtrisé par les diplomates, qui ont pu constater l’immensité du continent et les opportunités d’enrichissement à saisir. Certes, la France et la Grande-Bretagne ont déjà colonisé des territoires en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Mais d’autres puissances européennes veulent à leur tour mener une politique impérialiste. C’est le cas de la Belgique sous le règne du roi Léopold II, qui va jusqu’à dépenser sa fortune personnelle pour obtenir la souveraineté sur l'État indépendant du Congo. La France réussit à obtenir la région au nord du 14e parallèle, tandis que l’Allemagne bénéficie de la zone au sud. Bismarck y voit quant à lui une dimension électoraliste : il chercherait davantage à s’attirer la sympathie des partisans de la colonisation pour exercer un nouveau mandat de chancelier. Les pays présents à la conférence de Berlin en profitent pour négocier et des découpages bilatéraux sont opérés, répartissant différents territoires africains entre puissances occidentales. On retiendra notamment la célèbre "Carte Rose" où sont colorés en rose les territoires britanniques et en rouge les territoires du Portugal.

Quelles sont les conséquences de la conférence de Berlin ?

Les décisions diplomatiques engagées à la suite de la conférence de Berlin se traduisent en actes sur les territoires africains. L’Europe envoie ainsi dès 1886 des commissions chargées de délimiter et borner les frontières des différents espaces partagés. Des frontières sont tracées, souvent avec la consultation des autorités autochtones qui transmettent leurs doléances pour conserver les dynamiques historiques du continent africain. Malgré tout, de nombreuses tensions viennent poindre dès le début de la nouvelle décennie. Des conflits éclatent. Les armées françaises par exemple font face à celles de Samori Touré au Sénégal. Au Soudan, en septembre 1898, la France et le Royaume-Uni se disputent Fachoda, emplacement stratégique pour bâtir des voies ferroviaires pour acheminer les ressources et les armes : c’est la crise de Fachoda. Un an plus tard, le Royaume-Uni entre pour la deuxième fois en guerre contre les Boers pour l’appropriation des gisements d’or en Afrique du Sud. Le Maroc, partagé entre l'Espagne et la France, connaît plusieurs crises. Ces crises marocaines aboutissent à des conflits entre colons et colonisés. L’Italie se concentre quant à elle sur l’Ethiopie, alors que la conférence de Berlin prévoyait une neutralité du territoire. Tous ces affrontements débouchent sur des violences : le massacre de Graziani, par exemple, cause la mort de milliers de civils, quant à la Guerre des Boers, elle entraîne la mort d’environ 15 000 personnes.

Les dates clés de la conférence de Berlin

15 novembre 1884 — Début de la conférence de Berlin
Quatorze puissances occidentales sont réunies dans la capitale allemande, d’abord dans l’intérêt d’éteindre les tensions diplomatiques sur les questions du territoire africain. Les représentants africains sont quant à eux exclus des négociations.
26 février 1885 — L’Europe se partage le continent africain
Reprenant la carte réalisée par le géographe allemand Kiepert, l’Europe finit par se partager le continent africain. Le Congo et le Niger restent neutres, tandis que la "Carte Rose" établit les possessions du Royaume-Uni et du Portugal.
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